
Le vendredi 22 mai, Jeff Mills a rompu un long sortilège : presque 25 ans après sa dernière grande soirée à Sydney, le sorcier du techno est revenu au Sydney Opera House pour une performance marathon dédiée à son mythique Liquid Room Mix. Le lieu n’était pas la grande salle mais le Studio, ce club souterrain niché sous les célèbres voiles — un écrin plus proche de ses platines que n’importe quelle scène traditionnelle.
Architecte de la techno de Detroit et membre fondateur de l’Underground Resistance, Mills est surnommé The Wizard pour une bonne raison : technicien du vinyle de très haut vol, il pense plusieurs temps à l’avance et sort des pépites anonymes et des white labels à une vitesse qui donne le vertige. Sur la carte du soir, il y avait un court documentaire de trente minutes sur son set de trois heures au Liquidroom de Tokyo, enregistré en 1995 et devenu une référence dans l’histoire du genre.
Mills a mixé plus de 200 disques pendant la soirée. Il a introduit de nombreux morceaux tout juste pressés, dont beaucoup de white labels et quelques-unes des presses rares en cuivre 14", « qui jouaient à deux fois le volume d’un disque classique », comme il le raconte dans le film. Ces explosions sonores, palpables sur les enregistrements YouTube de l’époque, n’étaient pas fortuites : « Je savais que je voulais faire hurler le public. Il fallait donc faire quelque chose qui explose », confie-t-il.
Parmi les titres qui ont marqué la nuit, « The Bells » résonne encore. Mills affirme l’avoir composé en quelques heures un après-midi ; malgré son apparente simplicité, le morceau est devenu l’un des signaux sonores les plus reconnaissables du mouvement techno. Pour la première fois depuis leur sortie, il a glissé plusieurs de ses propres productions fraîchement sorties du studio dans le mix, des morceaux « tellement avant‑gardistes » selon lui qu’ils traduisaient ce qui se passait « au cœur de l’underground européen et américain ».
La présence de Mills à Sydney ne s’improvise pas : il était déjà revenu en 2024 avec le projet jazz‑électronique « Tomorrow Comes The Harvest », aux côtés de Jean‑Phi Dary et Prabhu Edouard, et en 2016 pour une collaboration avec le Melbourne Symphony Orchestra et Derrick May. Il a bouclé un double rendez‑vous Vivid LIVE le samedi 23 mai. Vivid LIVE est la vitrine contemporaine du Sydney Opera House, intégrée au festival Vivid Sydney qui se déroule jusqu’au 13 juin et est produit par Destination NSW et Feel New Sydney.
Le Liquid Room Mix, enregistré en 1995, avait été publié à l’époque sur CD et cassette par Sony Music, mais pas en vidéo, contre les souhaits de Mills. Jusqu’à maintenant, il n’avait jamais été disponible en format numérique officiel. « DJing à un niveau supérieur que le simple fait de mixer des disques est assez complexe », disait Mills à Katie Bain de Billboard : « C’est comme être un athlète, comme un joueur de tennis. Il faut diviser son esprit en plusieurs parties et porter attention à chacune d’elles en même temps. » Le retour de Mills à Sydney n’était pas une simple séance nostalgie : c’était une démonstration, en direct, de ce que la techno peut encore provoquer quand elle est confiée à un maître du vinyle.