
14 mai 2026 : la représentation du Marvels of Saudi Orchestra à Rome a eu lieu en présence d’Andrea Bocelli.
Un soir de mai 2026, le Colisée s’est retrouvé scène d’un pont improbable entre Rome et Riyad. Devant deux mille ans de pierre, soixante-deux musiciens ont joué à l’intérieur du Parc archéologique—trente-deux venaient de l’Orchestre et chœur nationaux saoudiens, trente de l’Orchestra Giovanile Fontane di Roma, dirigés par le maestro Marcello Rota. Andrea Bocelli a rejoint l’ensemble pour la première fois avec le groupe saoudien, ajoutant une charge symbolique à la soirée.
Le Colisée, dans le parc archéologique de Rome, a accueilli soixante-deux musiciens. La tournée Marvels of Saudi Orchestra a commencé à Paris en 2022.
La stratégie du tour est simple et rusée : dialoguer avec l’identité musicale de chaque ville d’accueil plutôt que d’imposer un répertoire fermé. À New York, l’orchestre a ouvert par "Fly Me to the Moon" arrangé pour le ney. À Londres, un mash-up d’Adele et d’un classique saoudien a surpris la Royal Philharmonic.
À Tokyo, ce furent des thèmes d’anime japonais chantés en arabe. À Rome, la rencontre prenait une autre dimension — naître là où l’opéra est né oblige à des attentes historiques élevées, et la présence de Bocelli a placé l’ensemble saoudien au cœur de ce défi.
« Jouer devant le magnifique décor du Colisée est toujours une expérience profondément émouvante, mais partager cette scène avec l’Orchestre et chœur nationaux saoudiens l’a rendue encore plus significative », a dit Bocelli après la représentation. Pour le chef Marcello Rota, la fusion a été organique : « On retrouve des différences de style, mais aussi une forte similitude dans la discipline, l’émotion et la musicalité. L’orchestre devient une voix unifiée tout en préservant la richesse de ses parties. »
Ce concert est le produit d’une construction institutionnelle rapide mais volontaire. Depuis la création du ministère de la Culture en 2018 puis de la Saudi Music Commission en 2020, Riyad a investi massivement dans l’éducation musicale, les infrastructures de tournée et la production. En août 2025, la première promotion du programme éducatif de l’orchestre national — un cursus de deux ans — a été diplômée.
Certains de ces jeunes musiciens étaient sur la scène romaine neuf mois plus tard. Le programme a même commandé une pièce originale pour Rome, "Al-Hijr and Rome", inspirée d’une inscription romaine trouvée à Al‑Ula, premier site saoudien classé à l’UNESCO.
Le mouvement dépasse les concerts événementiels : des scènes se multiplient à Riyad, AlUla, Jeddah, Al Khobar, Abha et Diriyah, tandis que festivals et structures — Riyadh Music Week, MDLBEAST Soundstorm, XP Music Futures, Billboard Arabia Music Awards — professionalisent l’écosystème. Un moteur clé : l’écoute internationale. En 2024, des auditeurs de première écoute ont découvert des artistes saoudiens plus de 220 millions de fois sur Spotify, soit +75 % en un an, avec plus de 90 % des revenus générés à l’étranger. La consommation de musique saoudienne dans le Royaume a augmenté de 195 % depuis 2020.
Paul Pacifico, CEO de la Saudi Music Commission, résume l’enjeu : présenter l’orchestre au Colisée, c’est partager un patrimoine et bâtir des partenariats durables qui dessineront l’avenir musical du pays. Ce soir-là, Rome n’a pas seulement entendu la musique saoudienne : elle a écouté un pays qui veut peser sur la carte mondiale de la musique.